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La possibilité d’un paysage #2 – complet

La possibilité d'un paysage #2

2024-

Une image peut-elle résister à une lecture immédiate ? Peut-elle contenir plusieurs temporalités, des souvenirs, des projections, des émotions contradictoires ? Entre approche documentaire et recomposition, je cherche à déplacer notre perception du réel.

La possibilité d’un paysage #2 s’inscrit dans cette recherche.

Lorsque je suis retournée dans les paysages de mon adolescence, j’ai été frappée par leur apparente permanence. Ces lieux portent pourtant une histoire plus ancienne. Il y a deux cent cinquante ans, ce sentier du littoral avait été créé pour surveiller la côte et lutter contre les trafics des contrebandiers. Aujourd’hui, la côte demeure tout aussi fragile, mais les menaces ont changé. Les paysages évoluent continuellement, sous l’effet des phénomènes naturels comme des interventions humaines. Pourtant, ces transformations échappent souvent au regard : elles sont lentes, diffuses, presque invisibles.

À partir de photographies réalisées dans une approche documentaire, à la chambre argentique 4 × 5 inchs et en noir et blanc, je construis ensuite des images par strates et recompositions successives. Les images se transforment jusqu’à trouver leur équilibre.

Ces interventions ne cherchent pas à produire une fiction spectaculaire, mais à déplacer progressivement le réel à partir de ses propres éléments. L’image conserve ainsi une apparence familière tout en introduisant un léger décalage. Ce déplacement ouvre un espace d’hésitation : qu’est-ce qui relève du document ? Qu’est-ce qui a été modifié ? Ce trouble invite à revenir sur ce qui semble connu et à déplacer notre perception du réel.

Regarder devient alors un acte d’attention. Cette attention portée à l’image devient une manière d’interroger notre relation au monde : accepter sa complexité plutôt que chercher à la réduire.

Entre le visible et sa représentation photographique s’interposent des couches d’interprétation. L’image ne restitue pas le réel ; elle en propose une construction, traversée par des perceptions, des expériences et des imaginaires.

Le temps transforme lentement le paysage. La mémoire transforme les souvenirs. Je transforme la photographie.
Ces trois mouvements se répondent. C’est dans cet espace d’hésitation, entre ce qui semble évident et ce qui résiste, que peuvent émerger plusieurs lectures.

Dans un contexte où les images se succèdent rapidement et où les réalités complexes sont souvent réduites à des lectures immédiates, je revendique une photographie qui laisse place au doute, aux contradictions et à la nuance. Une photographie qui invite à considérer l’image non comme une réponse, mais comme un espace ouvert où différentes lectures peuvent coexister.